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La troupe amateur , c’est, pour la septième
saison consécutive l’occasion de transmettre et
partager une vie de troupe, les techniques et les outils de
l’acteur, et de vraies expériences artistiques.
Les intervenants varient, mais placent tous au cœur de
leur travail la liberté, l’ancrage dans le texte
et la mise en valeur des personnalités.

Neuf comédiens jouent Marius,
Fanny, César, la
célèbre trilogie de Pagnol, mais aussi Regain,
Naïs, La Femme du Boulanger, et Topaze.
Cinq histoires
en tout, qui se croisent et se décroisent, qui se font écho
et progressent dans l’espace et le temps chamboulés
de la scène et de la représentation : ça
commence à la campagne dans le chant strident des cigales
où les femmes sont sauvages et désirables, puis
on s’embarque pour la mer … C’est Marseille,
mais ça pourrait être La Rochelle ou Cherbourg,
là où on rêve d’ailleurs, d’épices
exotiques et d’amours inaccessibles.
Alors retour sur
terre, retour à Paris, celui de l’après-guerre,
où les affaires sont crasses et les hommes malhonnêtes,
où les temps changent, si vite, que Topaze en est décoiffé … Les
comédiens de la troupe amateur d’Habaquq réinventent
dans ce spectacle une dramaturgie à partir des textes
de Pagnol, qui fait éloge à son œuvre.

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Mireille Gicquelet |
Mireille Gicquelet arrive toujours là où on
ne l’attend pas. Cette femme active, vive, pleine
de ressources et d’énergie vient d’achever
une thèse de 1042 pages sur « la faute
aux conditions sociales ». Il faut bien avouer
que les joueurs de cartes ne piquent plus ni ne touchent
encore les cœurs. Cette plaidoirie explique en
partie les malheurs d’Anna, la femme délaissée
d’Ivanov. On y devine aussi le sens du rythme d’une
violoncelliste et l’engagement sans faille d’une
tragédienne fidèle.
Bien plus, Mireille nous conduit là où on
ne s’y attendait pas. Cette thèse ébauche
un second tableau, plus actuel : le passage de l’ombre à la
lumière. Pagnol est à l’honneur et
la danse de la vie joyeuse et fantaisiste à l’affiche.
D’ailleurs, Mireille invite les esprits chagrins
et les sceptiques à redécouvrir « cet
homme remarquable et avant-gardiste » que
fut le grand Marcel.
Bien mieux que le gain d’une partie de cartes,
Mireille, pardon, Arsule, s’apprête donc à renaître
sur une colline perchée de Haute-Provence. L’héritage
de Giono-Pagnol est un sacré regain ! |
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Matthieu TRIOLAIRE |
On ne sait plus si à l’école,
Matthieu Triolaire se familiarisa d’abord avec
les bancs et les tableaux de la classe ou en premier
lieu avec les scènes et les rideaux du théâtre.
Dans tous les cas, il s’agissait de pièces
au sein desquelles l’écolier-collégien-lycéen
forgea ses premières armes. Un passage par Avignon
en 1995 en marge du grand festival accéléra
la carrière de ce brillant étudiant.
Cette accélération le porta sur l’orbite
mise-en-scène de 2000 à 2002. D’Antigone
d’Anouilh à Comédie sur un quai de
gare de Benchetrit en passant par les Palmes de Monsieur
Schutz de Fenwick, il n’en oubliait pas d’endosser
ses habits de comédien, une fois la pièce
montée.
Après cette traversée du rideau, Matthieu
amerrit sur la sphère « Cartoucherie
de Vincennes » et déposa à l’occasion
ses valises au théâtre de l’Épée
de Bois. Il y resta quelques mois pour jouer dans Torquemada
de Diaz-Florian.
L’an dernier, Matthieu prit le parti de se sustenter
chez Clément. Reprendre des forces avant de préparer
un nouveau grand coup pagnolesque : débuter
comme petit-fils de César et finir vieux briscard,
tel un Castel-Bénac qui aurait des contrats à gagner
ou des pièces à revendre, on ne sait plus… |
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Louise FRANJUS |
Louise Franjus est fille des planches.
La liste complète de ses aventures sur le radeau
des scènes méduserait. Voici, sans respecter
l’ordre –que Chronos nous pardonne !-
quelques-uns de ses exploits. À l’âge
de 10 ans, elle brûla ses premières planches
et les techniciens vinrent la féliciter dans
sa loge. Mais ce temps douillet ne dura qu’un
temps. Les scènes n’étaient pas
toujours sans danger et Louise se retrouva péripatéticienne
d’une trentaine d’années. Pour la
remettre sur le bon pied, on lui apprit le métier
de jeune domestique et la baptisa Noémie de
Feydeau dans On va faire la cocotte.
Cependant un coup de sonnette de ses maîtres trahit
ses fameux pieds, enfin non, ses chaussettes. Ses cothurnes,
en effet, refusèrent de se laisser lacer. Le tragique
destin d’Électre de Sophocle ressurgissait.
Un rôle ne nous marque-t-il pas pour la vie ?
Que se passa-t-il donc ? Tout simplement, Ce qui
arriva quand Nora quitta son mari, comme l’avait
prédit Elfriede Jelinek.
Enfin, il faudrait mentionner sa formation au cirque
en 2001, ses durs labeurs sur des textes de Pinter et
de Sarraute et les longues heures de cours de théâtre.
En 2007, avec la compagnie « Souffler n’est
pas jouer », Louise remit le pied sur l’accélérateur
et les planchers devinrent du théâtre en
voitures. Toujours avec cette compagnie, Louise prépare
ses Noces, mais c’est un secret.
En attendant, les fiançailles sont habaququiennes
et Louise planche sur le rôle de Naïs au pays
de Pagnol. |
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Laurianne WACH |
Quel que soit le point d’observation
adopté, Laurianne Wach ne se laisse pas appréhender
si facilement. Cette comédienne, dès
le point de départ, nous mène en bateau,
même si cela surprend. C’est qu’à la
navigation en pleine mer, Laurianne préfère
gravir les belles montagnes, à moins qu’il
ne s’agisse de mer de glace.
Comme une comédienne aguerrie, Laurianne joue
donc sur les apparences. Un des moteurs de ce jeu, c’est
la contradiction qui mène tout droit aux vrais-faux
coups de gueule et à la provocation. C’est
pourquoi, au passage d’un col ou entre deux répliques,
Laurianne conte : « Ne remets pas à demain
ce que tu peux faire après-demain. » Cependant,
de son côté, elle prépare dès
maintenant son avenir.
Laurianne consolide en effet ses bases, en particulier
aux études théâtrales de la Sorbonne
nouvelle. Cette comédienne vivra du théâtre,
dans les coulisses et les méandres de la genèse
d’un spectacle. Elle y goûta avec plaisir
en 2009 à la barbe de Brecht Bertolt dans la résistible
ascension d’Arturo Ui. Aujourd’hui, Laurianne
expérimente une autre face de la montagne théâtre
: la vie de troupe à la sauce Habaquq.
Plus profondément, le moteur –mieux, le
point d’observation à privilégier-
c’est le goût de cette gourmande à observer
la vie des autres. Avec Marcel Pagnol, Laurianne va être
servie. Cette fervente admiratrice de Pagnol côtoie
voire courtise dorénavant de célèbres
personnages : Castel-Bénac, Topaze, le boulanger
et le chat. |
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François DURRANDE |
Dériver d’un bord et atterrir
sur l’autre rive entrent dans les attributions
d’un nageur. Marcher au rythme d’un sac à dos
sied à un randonneur. Mais que retenir d’un
joueur de planches ? En clair, qui est François
Durrande ?
C’est assurément un vieux grincheux, toqué,
rouillé qui répond à l’étrange
nom de Tonton Chabel, victime d’Ivanov le terrible.
Plus terrible encore fut sa condition d’ouvrier
dans Grand’peur et Misère du Troisième
Reich. Il s’échinait à suivre la
cadence des répliques brechtiennes, sous l’œil
attentif d’une troupe, Habaquq et Compagnie. Un
an plus tard, ce travailleur se mua en professeur de
philosophie de la Copropriété. Mais
cet intellectuel y fut chassé en pleine séance
de sagesse galante.
Le prophète Jérémie l’envoya
alors méditer à l’Abbaye blanche
les destins de Dom Juan et de Tartuffe. Le fruit de cette
méditation fut un questionnement sur les terres
entourées d’eau, les nouvelles îles
dans On purge bébé et une réponse
sur les eaux entourées de terre, les lacs finlandais
de Maître Puntila et son valet Matti.
Aujourd’hui, fort de ces expériences, ce
visionnaire tente de réaliser, avec d’autres
compères utopistes, la cité parfaite sous
l’égide de l’Assemblée des
femmes d’Aristophane.
Au même moment, Habaquq veille au grain. Avec la
complicité de Marcel Pagnol, cette troupe concocte
une belle surprise à cet enraciné de la
colline, Panturle le solitaire : un Regain. N’est-ce-pas
le rêve de tout amateur ? |
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Didier BIZET |
Voici un comédien étrange.
Il se demande encore pourquoi on l’a embauché au
sein de la troupe Habaquq. Pour sa foi, celle dans
le théâtre ? Certes oui. Mais, plus
profondément, car c’est un comédien
de talent, fruit d’un apprentissage de cinq ans.
Il aborda à cette époque tous les théâtres
de Molière à Ionesco, en passant par
Labiche, Orkeny, Pirandello, Obaldia… Ce comédien
s’est trempé à la force de la poésie
de Lafontaine et de Prévert. Doté de
ce bagage de récitant, il se joue des faux rythmes,
caresse les délicatesses d’un texte et
avance au son des répliques.
Didier Bizet, car il s’agit de lui, interpréta
en 2008 et 2009 Lébédev dans Ivanov de
Tchekhov, pièce mise en scène par Delphine
Branger. Comme Lébédev ou César
dans Pagnol, une grande joie de Didier est d’offrir
un verre à ses amis.
Avec ce pot-pourri pagnolesque, plus qu’un grand
verre, une bouteille est en jeu, voire pour César
et le vieux Marius jetée à la mer… Didier
saura-t-il aussi relever le défi de l’exigence
topazienne ? Tout ce talent bien acquis, profitera-t-il ? |
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Bruno Boucard |
Un mot ne suffirait pas à présenter
un homme, mais d’un bond, Bruno Boucard renverserait
cette contrainte. C’est qu’un jour, ce
jeune trentenaire reçut un appel du prophète
Jérémie : « Bruno, tu
seras passant ! » De ce jour, projeté sur
une scène, au son de l’oracle d’Habaquq,
ce passager furtif s’oublia. Maître Boucard
devint un autre, un habitant d’un nouvel espace
et un vivant du temps renouvelé, l’instant
présent.
Ce timide se révéla alors un génie
que l’on devrait statufier de son vivant. Il résista
dans Grand’peur et Misère du Troisième
Reich et défia Malraux et Proust au sein de la
Copropriété de Jérémie Fabre.
Pour le bonheur des mots, le lieutenant Bougrain releva
le défi, rétablit l’ordre des conjonctions
et infligea la discipline aux injonctions.
Ainsi, de l’homme de la femme qui balaie à l’honnête
Borkine, cicérone d’Ivanov, Bruno savoure.
Mieux, il jubile à l’idée de faire
sienne les répliques et expressions des personnages
de Marcel. Bruno apprécie à tel point Pagnol,
qu’il en oublie de préparer son pain et
de gronder sa femme. Pour un peu, il en deviendrait bossu ! |
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Julie SÉEVAGEN |
Le choix de Julie Séevagen fut
radical. Elle désirait explorer les multiples
facettes des émotions, des sentiments, des aspirations,
des élans, bref de la vie. Pour répondre à cet
appel, Julie rejoignit la Compagnie Habaquq en 2004
et s’engagea si fortement qu’elle en devint
présidente en 2007. Ainsi, depuis cette date,
son cœur bat au rythme de l’activité artistique.
La contrepartie, c’est le refus de l’artifice.
Comme Sacha dans Ivanov, à ses heures, Julie,
tonitruante, s’exclame : « Non !
Ce n’est pas ça, ce n’est pas ça,
ce n’est pas ça ! » Le théâtre
représente en effet pour Julie « la
plus belle expression de la liberté » et
on ne badine pas avec la liberté, ni avec l’amour
rajouterait Alfred. Elle se mérite !
Les rôles aussi ! Même ceux dont l’exigence
intérieure semblerait moins prégnante ou
plus superficielle comme les étoiles fatiguées
dans la Copropriété, pièce de Jérémie
Fabre.
Aujourd’hui, le port est calme, la terre ne tangue
pas encore autour de la jolie Fanny. Mais attention la
tempête intérieure gronde car Marius risque
de s’échapper… |
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Élie SALLERON |
Elie Salleron a commencé le théâtre
en 2008 dans le cours de Marie de Bailliencourt au
centre Daviel à Paris. C’est sous sa direction
qu’il joue dans Hamlet quelques mois plus tard.
Elie Salleron n’est pas seulement comédien,
activité qui fait chez lui office d’une
simple couverture bourgeoise masquant ses activités
militaires.
En 1961, troublé par les turbulences des intellectuels
bourgeois de l’Europe de l’Est, il décide
de construire, à lui seul et à mains nues,
le mur de Berlin, afin de « pouvoir dormir
tranquille ».
Après avoir été élu président
du monde, le comédien semble avoir trouvé un
passe temps idéal, mais très vite les Etats-Unis,
qui ont réalisé la menace, décident
de cacher le résultat au monde entier en prétendant
qu’en fait c’est un vélo quatre vitesses
qui a été élu.
Déçu, il se replie sur lui même et
invente une nouvelle planète. C’est au cours
de ce voyage mental qu’il rencontre Delphine Garczynski. « J’aime
beaucoup Pagnol ! » , lui lance t-il
au hasard, alors qu’il n’a jamais lu Pagnol,
ni Lénine d’ailleurs. Chance inouïe,
la metteur en scène a comme projet de monter une
pièce autour des œuvres de l’auteur. « Je
l’ai engagé sans réfléchir » avouera-t-elle
par la suite. Des enquêteurs portugais mènent
l'enquête. Normal, c'est leur boulot. |
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